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Jean-François Coutelier - Administrateur délégué de DamnetSimon Verstraeten - Directeur de CasablancoSylviane Vreux - Administratrice délégué de Repass Drive'in et SyllabesCécile, Christine, Françoise, Perrine et Todo - Coopératrices de Scènes et FilAntoine Suberville - Coopérateur et co-fondateur de Tout l'Or du Monde
Parcours
Dans ma famille, j'ai été très vite sensibilité au respect de l'homme et de l'environnement. J'ai suivi des études en économie pour comprendre les mécanismes réels qui organisent les échanges entre les hommes et, en accord avec mes valeurs, j'ai trouvé mon premier travail chez Ethiquable, la coopérative française dédiée à l'importation et à la commercialisation de produits issus du commerce équitable. Au bout de 3 ans, j'aspirais à une autre fonction. J'avais eu le temps de réfléchir au développement d'un commerce de proximité où, au-delà de la vente des produits, j'aurais un objectif de sensibilisation et d'information. Avec ma compagne, nous nous sommes dit que c'était le bon moment pour nous lancer et nous avons pensé à Bruxelles puisqu'il n'y avait pas d'initiative comme la nôtre. Comment êtes-vous devenu entrepreneur ? Je me suis peut-être lancé avec la naïveté du débutant mais je suis plutôt un fonceur. Je ne me voyais pas faire autre chose, je me suis lancé à fond. Quelle satisfaction retirez-vous de la création de Tout l'Or du Monde ? Le bonheur de faire tous les jours ce qu'on aime. Je suis maintenant en position de promouvoir ma vision du commerce équitable en tant que démarche moderne et positive par opposition à une logique culpabilisante pour les consommateurs. La chance de mon métier actuel, c'est aussi la diversité. Je touche à plein de choses (livraison, vente, organisation d'événements, etc.) Faire vivre une entreprise, cela implique de ne pas se reposer sur ses lauriers. Sans dynamique et créativité, on n'existe pas à moyen-long terme. L'avantage d'une petite structure, c'est que l'on peut, très vite, être réactif, s'adapter et progresser. Entreprendre en économie sociale, ça signifie quoi pour vous ? D'abord, le projet doit être rentable tout en veillant à respecter la dimension éthique de l'entreprise. Ce n'est pas la recherche de profit qui doit guider le projet mais l'envie de faire avancer le monde autrement, dans un but plus collectif. Le profit sera la récompense. Je pense qu'une entreprise se doit d'être citoyenne. C'est-à-dire être responsable dans ses activités, veiller à respecter son environnement, ses clients, partenaires et collaborateurs et contribuer activement au développement local, être en phase avec son époque sur les questions sociétales. Une fois notre société pérennisée, nous aimerions pouvoir financer des projets dans le Sud ainsi que des projets locaux. Bernard Goffinet - Directeur de CF2m et CF2d
D'où est venue l'idée de créer CF2m ?
J'ai travaillé plusieurs années dans le secteur de la formation socioprofessionnelle et des nouvelles technologies. J'ai réalisé que les blocages se cumulaient dans la discrimination à l'emploi et dans l'offre des formations. J'ai développé également des contacts associatifs avec des réseaux africains qui m'ont fait réfléchir sur les besoins non satisfaits dans certaines régions africaines. J'ai vite fait un pont entre les problèmes d'approvisionnement et de compétences perçus en Afrique et le public - majoritairement d'origine immigrée et africaine - que j'avais en insertion socioprofessionnelle en Belgique. J'ai donc commencé à expérimenter des activités de réemploi. Un appel à projets qui tombe à pic J'ai participé à un appel à projets qui m'a permis d'obtenir un financement de deux ans pour des activités liées à la lutte contre la discrimination à l'embauche de la population sub-saharienne. J'ai tout de suite fait le lien entre cet appel à projets, les besoins détectés en Afrique et les obstacles auxquels la population subsaharienne était confrontée en Belgique. Cela avait du sens de travailler dans une direction qui jetait des ponts entre ces différentes problématiques et j'ai donc convaincu mes supérieurs de développer ce secteur d'activité. Une dynamique entrepreneuriale Ma capacité d'entrepreneur, c'est une capacité à faire des ponts entre des besoins et des solutions qui me paraissent évidents mais que les autres ne voient pas toujours. J'ai toujours eu beaucoup de créativité pour dénicher à des appels à projets qui permettent de combler des besoins non satisfaits. Quelles satisfactions particulières retirez-vous ? Je retire des satisfactions liées à un projet personnel et d'entreprise. Quand je pérennise l'emploi de quelqu'un qui était engagé au départ comme un travailleur fragilisé et subventionné et qu'il obtient au fil du temps un statut plus intéressant pour lui, j'ai l'impression que j'avance... Entreprendre en économie sociale aujourd'hui? Je pense que l'entrepreneuriat se loge dans ce qui a du sens pour les gens. Il n'y a pas de raison pour que la créativité de l'entrepreneur en économie sociale soit limitée à des secteurs peu concurrentiels. Des activités comme la recherche et le développement ou la prospection doivent permettre de développer des projets plus pointus et plus innovants. Une logique de partenariat et de coopération entre les acteurs doit primer sur la peur de la concurrence pour investir de nouveaux secteurs d'activités. On essaie de nous faire croire qu'il n'y a plus rien à faire, qu'on a tout inventé. Or dès qu'on est sur le terrain, on se rend compte qu'il y a des tonnes de choses qui méritent d'être développées. Notre boulot, c'est d'essayer de les rendre économiquement viables. Frédéric Dalimier - Coopérateur et Sales manager chez Xylowatt
Implication sociale et environnementale, un duo gagnant
Naturellement porteurs de valeurs environnementales, les fondateurs ont également eu la volonté, dès le départ, d'avoir une implication sociale importante. L'ensemble des travailleurs ont, par exemple, toujours eu un contrat et un statut d'employé. Il n'y a pas de hiérarchie formelle limitant le champ d'expression et le rôle de chacun. En effet, à la création de l'entreprise en 2001, le produit n'était pas encore totalement finalisé. Il restait un important travail de recherche et de mise au point à réaliser, travail pour lequel la participation de tous était indispensable, du technicien à l'ingénieur. Ce mode de fonctionnement est encore d'application aujourd'hui. Chaque membre du personnel, quelle que soit sa fonction, participe en effet au développement, à l'élaboration des projets et à la prise de décision. A titre d'exemple, chaque semaine débute par une « Kick off meeting » d'environ une heure, qui permet à l'ensemble du personnel de faire le point sur la semaine écoulée et de définir ses principaux axes de travail pour la semaine à venir. Quelles sont vos motivations personnelles et professionnelles ? Pour moi, très clairement, il y a un défi technologique. J'ai le sentiment de participer au développement d'une nouvelle technologie et à une responsabilité accrue des entreprises dans le domaine énergétique. C'est terriblement motivant pour moi et pour l'ensemble de l'équipe de concevoir nos sources d'approvisionnement énergétique futures de manière différente, plus respectueuse de l'environnement et des valeurs humaines. Quelle forme juridique revêt Xylowatt aujourd'hui ? En 2001, deux structures sont créées:
Le choix de cette structure juridique s'explique par le défi technologique auquel nous étions confrontés. En effet, la technologie de cogénération par gazéification de biomasse est une technologie innovante dont la mise au point nécessite des budgets de recherche et de développement importants. Il était impossible pour les coopérateurs de financer seuls ces budgets, rendant donc indispensable l'ouverture du capital à d'autres acteurs (fonds de capital à risque, invest, etc.). La position et le statut coopérateur d'Energethics permettent d'influencer positivement les décisions du Conseil d'Administration et de conserver dans le fonctionnement quotidien de XYLOWATT les principes de base mis en place lors sa création : participation de l'ensemble des salariés de l'entreprise aux prises de décision, respect et implication de chacun quels que soient son expérience et son niveau de formation, volonté d'encourager les déplacements respectueux de l'environnement et la consommation équitable, etc. Pascale Desrumaux - Directrice de Cannelle
Quel est votre parcours ?
J'ai un diplôme d'assistance sociale. J'ai toujours travaillé dans le secteur de la formation, l'éducation permanente et l'insertion socio professionnelle des adultes. Et puis, dans un de ces jobs, on a émis l'idée de créer une nouvelle structure qui permettrait d'accueillir des personnes ayant un projet professionnel dans l'horeca, en dehors d'un programme de formation qualifiante. Réfléchir à d'autres perspectives m'intéressait puisque j'avais l'impression d'avoir fait le tour de ce que j'avais à apprendre dans ma fonction. Je connaissais le secteur de la restauration et j'ai donc décidé de rebondir sur cette opportunité pour devenir porteuse du projet « Cannelle ». C'était à la fois très motivant et ça me faisait peur. Je me suis lancée parce que j'en avais envie et que je savais aussi qu'il y avait au sein de la structure porteuse et du conseil d'administration des compétences, des gens sur lesquels je pouvais m'appuyer. J'avais acquis des compétences sur le terrain, mais pas toujours de manière complète et formelle. J'ai donc entrepris, parallèlement au lancement de Cannelle, un post graduat en gestion d'entreprises en économie sociale. Cette formation m'a permis d'acquérir et de renforcer des connaissances en marketing, gestion financière, droit. Compétences qui me permettaient de prendre des décisions et de pouvoir gérer une structure. Quelle articulation entre votre parcours social et la gestion d'une entreprise ? On a souvent mis l'économique et le social en concurrence ou en opposition. Dans mes précédents emplois, nous faisions du social, c'était un métier louable. Personnellement j'ai baigné dans des clichés tels que « le fric ça pue », etc. Or je trouve que mon métier me place aujourd'hui entre l'économique et le social. Notre objectif est social mais on doit viser également un objectif économique, une bonne gestion, comme moyen au service de notre métier d'insertion. Je dois en quelque sorte (ré)concilier le social et l'économique. Au quotidien, nous ressentons toujours cette tension que nous appréhendons à travers une série de questions. Si nous recevons une commande et que nous avons besoin d'argent, doit-on l'accepter et à quelles conditions ? Est-ce qu'il y a du sens à prendre cette commande ? Est-ce que les gens vont apprendre quelque chose ? Nous devons toujours mettre en balance nos besoins en termes économiques, pour que notre projet tienne la route, et la réalisation de notre objet social. Avoir cette dimension économique à gérer est résolument un plus pour moi. Et je suis fière d'avoir acquis les compétences me permettant de maîtriser ce volet de mon projet. Comment décrivez-vous votre métier aujourd'hui ? Je suis directrice de Cannelle. Je suis chef d'entreprise. Il y a 5 ou 10 ans, je n'aurais pas voulu cette fonction, ça me faisait peur et je ne m'en serais pas sentie capable. Avec le recul, finalement, je me dis que Cannelle est une « vraie » entreprise. Une entreprise avec un objet social mais une entreprise avec tout le fonctionnement, toute la gestion et toutes les obligations d'une entreprise « classique ». Une double satisfaction Je suis satisfaite de la réalisation de mon objet social, de voir travailler des gens qui sont transformés par leur passage chez nous, et que nous aidons à trouver un emploi durable. Je ressens aussi la satisfaction de voir le projet évoluer et tenir la route. Quelles sont les qualités d'un entrepreneur ? Je ne ferais pas mon métier de la même manière si je n'avais pas mon bagage « social », qui me sert tous les jours. Je pense, que dans le secteur de l'économie sociale d'insertion, un directeur d'entreprise a besoin d'articuler des compétences humaines et de gestionnaires, sans qu'aucune ne puisse largement prédominer. Pierre Antoine - Membre fondateur de CherbaiCherbai est une société coopérative à responsabilité limitée, fondée en 1979 à Harsin-Nassogne (dans la région de Marche-en-Famenne). Elle est active dans le domaine de la menuiserie et de l'ébénisterie. Comment est née votre entreprise ?L'envie de créer une société coopérative est née d'une rencontre avec deux autres personnes sur des chantiers et d'idées communes sur l'organisation de la vie professionnelle. Nous savions que les indépendants travaillaient énormément. Or nous souhaitions pouvoir mener de front une vie professionnelle épanouissante et une vie familiale. Nous avons donc lancé Cherbai à 3 et nous gérions le volet administratif ensemble. Puis l'entreprise a grandi et a occupé jusqu'à 10 travailleurs, tous associés actifs. Le conseil d'administration était constitué des travailleurs sans administrateur extérieur. La rémunération était égale pour tous et les décisions étaient prises en commun, chacun ayant son mot à dire. Cherbai a évolué tant au niveau de l'activité que de la structure. Aujourd'hui, nous occupons 8 travailleurs et deux statuts différents se côtoient. En effet, nous avons été amenés à engager des ouvriers ; leur responsabilité vis-à-vis de la coopérative est différente. Leur rémunération s'aligne sur les barèmes légaux et est légèrement inférieure à celles des associés - indépendants. Les atouts d'une coopérative Travailler à plusieurs permet de s'appuyer les uns sur les autres, de partager les difficultés et le travail mais aussi de développer des activités plus intéressantes car la force de travail est plus importante. Nous avons développé une véritable gestion collective du travail, où chacun est partie prenante dans la vie de l'entreprise, participant activement à la prise de décisions. Cela a un impact très positif sur la motivation de l'ensemble des travailleurs dont la compétence et la responsabilité par rapport à l'outil commun représentent la ressource principale de la coopérative. |
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